La tristesse (Texte dans Guidance)

Quand la tristesse mène à la Lumière

Depuis un moment, elle me poursuit, mais je ne veux pas la voir, je ne veux rien ressentir, surtout pas elle.

Je suis comme un félin sauvage qui semblant de rien veille sa proie, je la surveille, quand elle approche plus près, je l’évite,  un pas rapide de côté et hop, raté, tu ne m’as pas eue ! 

Elle revient, elle veut m’étreindre, je ressens par moment l’étau qui me serre le cœur, la boule qui monte vers la gorge mais non pas cette fois, j’avale, je serre les paupières, je ne plongerai pas. 

Elle court vers moi mais je l’ignore.  Elle passe très près mais encore une fois, je l’esquive, elle passe à côté. Quand je ferme les yeux, je suis le torero qui au dernier moment cambre le corps pour éviter les cornes du taureau.

Je veux prendre de la hauteur, ne rien laisser paraître, ma vue se trouble, non je ne veux pas de toi, pars, va plus loin.  Même si le goût des larmes se fait sentir, même si une douleur de lame de couteau me déchire, je ne rentrerai pas dans ton jeu.

Nous dansons mais pas n’importe quelle danse, c’est un tango.   Nous sommes à la fois très proches et dans le temps suivant repoussés loin l’un de l’autre.  C’est la passion.  Je t’aime, moi non plus.  Surtout ne pas perdre son arrogance, la fougue, la dignité.  On ne peut se passer l’une de l’autre mais cela ne regarde que nous. 

Le mental voudrait intervenir, y mettre sa touche, verser de l’huile sur le feu.

Non, je ne veux pas, ni l’écouter, ni lui donner le droit de paroles, même pas le droit de penser, rien, je ne veux rien.

C’est une pièce de théâtre de la vie, une de plus, c’est une scène, un acte, une tirade, une réplique, un mot, un soupir.  Je refuse le rôle, je l’ai déjà joué.  Refaire les mêmes scènes, même si les acteurs sont différents, même si le public est différent, ne m’intéresse plus.

C’est un choix, soit je sombre et ne sais quand je remonterai, soit je regarde les choses d’un autre angle.

Pour ne pas faiblir, pour ne pas m’anéantir je prends de la hauteur, je m’envole, je vole haut, très haut, de là où les choses d’ici-bas semblent dérisoires, petites, lointaines, banales, inutiles.  De là, je parviens à relativiser, à dédramatiser, je vois la situation, les faits, sans le jeu du mental, sans la farandole des émotions, sans les pulsions, les appétits…simplement regarder avec les yeux du cœur. 

Et tout s’envole !  Cette colle qui englue, ces croyances, ces jugements font place à la fluidité, à la confiance, à la sérénité, à la joie.  Je peux redescendre.  Le film a changé.  Je respire calmement.  Je reprends pieds dans ma vraie vie, me réaligne corps, cœur, esprit, c’est mon choix.